Je n'aime pas m'avancer sur des terrains très boueux que sont les terrains politiques, mais il faut avouer que j'avais fortement envie d'écrire sur ce petit buzz généré depuis hier concernant Frédéric Lefèbvre. Pour ceux qui l'ignorent, cet homme est un député français qui sera peut-être bientôt Secrétaire d'Etat de l'économie numérique. Il a été interviewé par BFM et n'a pas su répondre à la question posée par Jean Jacques Bourdin qui était "Qu'est-ce que le Web 2.0".

C'est amusant comme je peux trouver pathétique la réaction des blogs à ce sujet. Pour tout dire, j'ai été averti de la news dans ma liste de partage Google Reader, et j'ai pu lire l'information (si je peux la qualifier ainsi) chez ReadWriteWeb France, blog auquel je ne suis pas abonné (dieu merci, leur équivalent américain est tellement meilleur). J'ai la vague impression qu'on tombe à la limite du troll: "cela reste très révélateur de la connaissance qu’à Frédéric Lefebvre de l’internet". Pathétique. Tout comme les "ça en dit long" que j'ai pu lire sur quelques autres blogs qui m'étaient alors inconnus. Pathétique, oui, car personne ne prend le temps de répondre à la question tellement cela parait évident. Ou peut-être parce que personne n'a la réponse? En tout cas la réplique et la moquerie sont un peu faciles, surtout quand on prétend être l'équivalent français de ReadWriteWeb US, qui est certainement l'un des meilleurs blogs en termes d'analyse autour du web.

J'ai eu l'occasion de répondre à cette question durant les cours que j'ai pu donner à des élèves de l'ESC Toulouse. Tout d'abord, il y a la définition presque officielle de Tim O'reilly, mais quelqu'un a-t-il pris le temps de la lire? Tout d'abord, Tim O'reilly a essayé de la définir, et il s'y est même pris à deux reprises.

Web 2.0 is the business revolution in the computer industry caused by the move to the internet as platform, and an attempt to understand the rules for success on that new platform. Chief among those rules is this: Build applications that harness network effects to get better the more people use them. (This is what I've elsewhere called "harnessing collective intelligence.")

Le fait est que cette définition est totalement imbitable. Est-ce que c'est cette réponse que l'on aurait aimé entendre de la part de Fabrice Lefèbvre? Je n'en suis pas sûr.

Alors après avoir lu cette magnifique définition à mes étudiants (qui la trouvaient tout aussi imbitable que moi), j'ai pu leur exposer quelques pistes: Est-ce que le Web 2.0 c'est AJAX? Est-ce que c'est le fait d'avoir un badge beta à côté de son logo? Est-ce que c'est le fait d'avoir un design glossy? Est-ce que c'est le contenu généré par les utilisateurs? Est-ce que c'est les Facebook? Est-ce que c'est MySpace? Est-ce que c'est les réseaux sociaux? Est-ce que c'est la portabilité des données et les APIs? Est-ce que c'est les nuages de tags? Est-ce que c'est les applications web? Est-ce que c'est la Génération Y? Est-ce que c'est Youtube et Dailymotion? Est-ce que c'est Twitter? Oui, c'est un peu tout ça. Et pourtant c'est à la fois rien de ça. Est-ce que c'est cela que l'on aurait aimé entendre de Monsieur le député? je n'en suis pas sûr.

Pourquoi? Parce que le "Web 2.0", mot que l'on utilise trop souvent sans même savoir ce qu'il signifie. Pour moi c'est simplement un Buzzword, qui aide des gens à vendre, qui est hype et tendance. Le Web 2.0, c'est du marketing. Du marketing pur et dur. Et quand Jean-Jacques Bourdin résume ça a simplement Facebook et MySpace, je ne sais pas vous, mais ça me fait vaguement rire.

C'était donc une belle question piège à laquelle il n'y a pas vraiment de réponse, et répondre "Le Web 2.0 c'est le Web d'aujourd'hui sur lequel les Français surfent" n'est pas totalement idiot. Car quand on me demande ce qu'est le Web 2.0, ma réponse est "Le Web 2.0 c'est avant tout le Web". Et en toute honnêteté, je ne vois pas quoi répondre de plus. J'ajouterai que de plus, l'économie numérique c'est tout de même autre chose que le Web 2.0, c'est tout un écosystème d'entreprises qui gravitent autour des nouvelles technologies, vous noterez d'ailleurs les deux mots importants de cette phrase: économie et entreprises. Le reste importe peu.

Loin de moi l'idée de défendre le député ou d'enfoncer le journaliste, mais je trouvais la réaction de certains blogueurs vraiment trop simpliste et hautaine.